L’ÉCORCE ET LE SABLE
nouvelles illustrées de 24 compositions de Dominique Barreau

Quand la plume croise le couteau
Ce n’est pas le titre d’un nouveau film de cape et d’épée ! Ce n’est pas le compte rendu d’un fait divers sordide ! Mais cela aurait pu être le titre de cet ouvrage, fruit de la rencontre entre un écrivain, Thierry Guilabert, établi au Château depuis plusieurs années et d’un artiste peintre, Dominique Barreau, dont les attaches avec l’île d’Oleron ne datent vraiment pas d’hier puisque nombre de ces ancêtres y ont fait tourner les moulins aux siècles passés.
Thierry Guilabert s’exprime avec sa plume ou plutôt avec son clavier, car il est un rejeton des années 60. En 2000, il nous avait
surpris avec un premier recueil de nouvelles publiées loin d’Oleron, par discrétion semble-t-il. Pour notre plus grand bonheur, il récidive
ici avec des textes de la même veine, des fictions très ancrées sur la vie oleronnaise dont le ton sonne souvent si juste qu’on les dirait oeuvres historiques voire même autobiographiques.
Hommage d’un enfant à son grand-père pêcheur à l’écluse, frayeur de joyeux fêtards perdus dans le marais une nuit d’automne, rencontre ultime entre le médecin-directeur et la très vieille pension-naire d’un sanatorium, terreur d’un jeune garçon surpris seul chez lui par une fameuse tempête, premiers émois dans les branches d’un cèdre, retrouvailles sur une plage vierge, haine longtemps mûrie, jamais digérée, entre deux pêcheuses à la côte, nouvelle lecture après bien d’autres d’un fameux naufrage … on ne s’ennuie pas à la découverte de ces récits aux dénouements souvent imprévus. Et pour couronner le tout une jolie plume, sensible, précise et qui rend ses héros attachants, car proches de nous.
Mais la plume serait veuve sans le couteau, l’instrument de travail de Dominique Barreau, autre rejeton des années 60. Cela donne une belle palette d’oeuvres fortes, pleines de couleur, où le milieu maritime omniprésent est recadré en plans serrés comme pour faire ressortir le graphisme des formes et la beauté des couleurs. Dominique Barreau joue avec la matière, celle de la décomposition des épaves de bois échouées sur la vase, celle de la rouille qui ronge la coque des chalutiers. Et dans ses marais asséchés par les vents salés, tout comme dans ses paysages littoraux, on retrouve la luminosité du ciel charentais, qui est aussi sa source d’inspiration. Ce croisement d’itinéraire avec Thierry Guilabert n’est pas, pour Dominique Barreau, l’aboutissement de toute une vie d’artiste, mais c’est un magnifique coup de projecteur sur une oeuvre qui, années après années, continue de séduire les amateurs.
Prix des Mouettes 2003 – Conseil général de Charente-Maritime
2003 – 120 p. – 24 x 22 cm – 978-2-905685-16-6 – Prix réduit 12 €
Édition de luxe sur papier 150 g avec 24 tirés-à-part : 50 €